Éducation positive dévoyée et référentiel national : deux débats différents
- Marie-Ange Cormier-Zorroché

- 22 août 2025
- 2 min de lecture

La tribune récemment publiée contre « l’infiltration de l’idéologie positive » dans le secteur de la petite enfance m’a profondément étonnée. On y fait un lien direct entre l’« éducation positive dévoyée » et le nouveau Référentiel national de l’accueil du jeune enfant. Or, je ne comprends pas cette corrélation.
Depuis des années, nous attendions un véritable référentiel, solide et reconnu, qui dépasse le simple cadre d’une charte. Aujourd’hui, nous l’avons enfin — comme dans la plupart des pays européens. Il a été rédigé par des professionnel.les qui connaissent le terrain, aussi bien en accueil collectif qu’individuel. C’est un progrès qu’il faut saluer.
Concernant l’éducation positive poussée à l’extrême, je partage en partie l’inquiétude : quand elle devient caricaturale, elle peut effectivement se révéler contre-productive, voire culpabilisante pour les parents. Mais ce débat n’a rien à voir avec le référentiel. Dans mes nombreuses visites de crèches et chez les assistantes maternelles, je n’ai jamais observé de dérive liée à ce que certains appellent « l’éducation positive dévoyée ». Les problématiques de l’accueil du jeune enfant existent, bien sûr, mais elles sont d’un autre ordre.
Un exemple concret
Dans une crèche, une petite fille de deux ans mordait ses camarades tous les jours. Les équipes étaient désemparées. En discutant, nous avons constaté que les morsures se produisaient systématiquement en fin de journée… après près de 10 heures passées en crèche. Plutôt que d’accuser les parents ou de considérer que l’enfant « manquait de limites », j’ai proposé aux pros qu’elles demandent à la famille de venir plus tôt certains jours, et les jours où ce n’était pas possible, j’ai proposé de donner de grandes photos de ses parents et de lui parler de ses parents qui lui manquait terriblement. Résultat : les morsures ont nettement diminué. Devions-nous appliquer un « time out » ? Ou plutôt comprendre que cette enfant exprimait, avec les moyens de son âge, une fatigue et un besoin de réassurance ? Cet exemple illustre bien que les vrais enjeux du terrain ne se situent pas là où le collectif signataire place le débat.
Pour un vrai dialogue
Je respecte profondément les signataires de cette tribune et leur expertise scientifique. Mais je reste convaincue qu’il y a eu un malentendu sur le rôle et le contenu du référentiel.
En conclusion
Le référentiel national est un outil attendu et précieux. Il permettra de soutenir les professionnels sur le terrain et d’apporter un cadre clair. Bien sûr, il n’est pas parfait — par exemple, je regrette que la planification n’intègre pas davantage les sphères du développement de l’enfant (moteur, émotionnel, langagier, etc.). Mais si je suis d’accord avec 99 % du texte. Ce référentiel est une avancée remarquable.
Je salue donc cette démarche et reste ouverte à un débat contradictoire, qui ne peut être que sain et constructif.




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