Assistantes maternelles : l'armée de l'ombre contre les inégalités
- Marie-Ange Cormier-Zorroché

- 3 sept.
- 4 min de lecture
Le réseau ECDAN (Early Childhood Development Action Network) a tenu une conférence internationale et ont dressé un constat sans appel. Des expert.e.s, chercheur.se.s et acteur.rice.s de terrain du monde entier – d'Afrique du Sud, des États-Unis, du Royaume-Uni et bien d'autres pays l'esprit riche et bouleversé par l'ampleur des défis – les "polycrises" – auxquels sont confrontés les jeunes enfants à travers le monde.
Riche des solutions et de l'espoir portés par des intervenants du monde entier. Une conviction s'est imposée à moi : en France, nous détenons une solution puissante et sous-estimée pour agir concrètement contre la pauvreté et les inégalités dès le plus jeune âge : Évidemment l'accueil individuel.
Le jeune enfant dans l'œil du cyclone : les Polycrises
La pandémie de Covid-19, la pauvreté, les inégalités criantes, le changement climatique, les migrations... Ces "polycrises" ne sont pas que des concepts abstraits. Elles pèsent lourdement sur les épaules des plus vulnérables : les jeunes enfants et leurs parents. On sait aujourd'hui, preuves neuroscientifiques à l'appui, que l'exposition précoce à ces stress multiples et durables affecte profondément le développement cérébral et émotionnel de l'enfant. Agir dès la grossesse et les 1000 premiers jours, comme le préconise le programme français, n'est pas un luxe, c'est une nécessité absolue.
Le Paradoxe Français : un éden apparent aux qualités invisibles
Nous jouissons en France d'un privilège immense : un système de santé universel et un accès à l'éducation théoriquement ouvert à tous. Pourtant, posséder un système pour tous ne signifie pas garantir sa qualité.
Le véritable enjeu, souligné par les intervenants anglo-saxons sous le terme de « decent quality » (qualité décente), est là : que se passe-t-il réellement entre les murs des structures d'accueil ? Offrons-nous simplement un "gardiennage" (parfois dangereux) ou un environnement riche, sécurisant et stimulant, propice à l'épanouissement et au développement du potentiel de chaque enfant ?
Aujourd'hui, cette qualité reste une boîte noire, un impensé. Cette invisibilité est une double injustice :
Pour les parents, qui font un acte de foi en confiant leur enfant sans avoir d'objectifs mesurables de la qualité de l'accueil proposé.
Pour les professionnel.le.s, dont l'expertise et le dévouement restent dans l'ombre, sans reconnaissance tangible de leur impact sociétal.
Pour les collectivités, qui croisent les doigts en espérant que rien de grave n'arrive !
L'accueil individuel : le gigantesque atout français que nous ignorons
Face à ce constat, la tentation est souvent de se tourner exclusivement vers le modèle des crèches. En construire toujours plus. Si cet effort reste nécessaire, il est coûteux, lent et ne couvrira jamais l'intégralité du territoire.
C'est ici que la particularité française devient une arme absolue.
Avec près de 250 000 assistantes maternelles, la France dispose du réseau le plus dense et le plus maillé au monde de professionnelles de l'accueil du jeune enfant. Ces femmes (car c'est encore très majoritairement un métier féminin) sont une infrastructure humaine d'une puissance exceptionnelle. Elles sont présentes dans les centres-villes comme dans les zones rurales et les quartiers prioritaires, lieux où les inégalités sont les plus criantes.
Pourtant, que faisons-nous de cette armée puissante ?
Nous la méconnaissons. Qui sont-elles vraiment ? Quelle est l'évolution de leur profil ? Souhaitent-elles se former, monter en compétences ?
Nous la sous-estimons. On les cantonne au rôle de "nounou gentille", ignorant qu'elles sont, dans les faits, des professionnelles de l'Éducare – un concept qui fusionne le care (soin attentif) et l'éducation (éveil, socialisation, accompagnement des apprentissages).
Nous la sous-utilisons. Imaginez la force de frappe si ce réseau était pleinement reconnu, formé, outillé et intégré dans une politique ambitieuse de prévention.
Mesurer pour transformer : l'impératif de la qualité
Pour transformer ce potentiel en réalité, il faut oser mesurer la qualité. C'est la condition sine qua non pour professionnaliser le métier de l'accueil du jeune enfant qu'il soit collectif ou /et individuel, remotiver celles qui sont en poste et attirer de nouveaux talents.
La réponse est simple et complexe : il faut mesurer la qualité. Non pas pour contrôler ou sanctionner, mais pour :
Rendre visible l'invisible : Objectiver la qualité du travail effectué pour le faire reconnaître par tous.
Donner du sens : Permettre à chaque professionnelle de situer sa pratique, de comprendre ses forces et ses axes de progrès.
Guider la formation : Créer des "ingénieries de formation" sur-mesure, répondant aux vrais besoins de terrain et à la hauteur des enjeux.
Rassurer et informer les parents en leur donnant des critères objectifs de choix.
Garantir un salaire à la hauteur de leur nécessité.
C'est tout l'objet du travail de Sajesse. S'appuyant sur des études comparatives internationales, nous proposons des outils d'auto-diagnostic pour tous les modes d'accueil (crèches, MAM, assistantes maternelles, services départementaux). Ces outils permettent une évaluation réflexive, base d'une amélioration continue et d'une valorisation méritée.
Un investissement socialement rentable
Investir massivement dans la professionnalisation et la revalorisation de l'accueil individuel n'est pas une dépense, c'est le placement à plus haut rendement pour notre société.
Les économistes le prouvent : chaque euro investi dans une petite enfance de qualité permet d'économiser jusqu'à 9 euros en dépenses futures de santé, d'aide sociale, de lutte contre le décrochage scolaire ou la délinquance. Face au coût exorbitant de la pauvreté structurelle, la prévention précoce est la stratégie la plus efficace et la plus éthique.
Le Choix de l'Audace
Nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons choisir de continuer comme avant, en regardant ailleurs, en nous lamentant sur la complexité des problèmes. Le choix est simple : Agir, Se lamenter, Regarder ailleurs !
Nous, nous avons choisi d'Agir. Une action audacieuse de voir dans nos 250 000 assistantes maternelles non pas un second choix, mais la solution. L'audace de mesurer pour progresser, ensemble.
En France, nous avons la chance incroyable de travailler avec 250 000 professionnel.les. Alors saisissons-la. Chez Sajesse, nous avons commencé. Et vous, agirez-vous avec nous ?
Marie-Ange Cormier Zorroché
Fondatrice de Sajesses
03/09/2025








Commentaires